vendredi 14 janvier 2011

Zigues ( drôles de...).

Zig ou Zigue, nom masculin, d'abord zig (1835) puis zigue (1867, bon zigue), représente peut-être une déformation de gigue au sens de "fille, personne enjouée"; la substitution de zi à gi imiterait un défaut de prononciation. Le mot équivaut à "individu, type"; il est sorti d'usage employé seul (1892) et est souvent accompagné de l'adjectif qualificatif bon

Les deux vidéos qui vont suivre datent respectivement de 1971 et de 1982.
Voici de drôles de zigues qui ont toute ma sympathie. C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui le politiquement incorrect mais moi, je ne me lasse pas de ces deux moments de télévision grave et irrésistible....
 
 

                                                et   ICI

mercredi 12 janvier 2011

Z lettre maudite

Le 15 janvier 1944, le convoi Z quittait le territoire français pour Birkenau: il comptait 145 Tsiganes arrêtés dans le Nord de la France.  Z pour Zigeuner (Tsigane en allemand), triangle marron.

Pendant la dernière guerre, le gouvernement de Vichy s’est « contenté » d’interner Tsiganes, Manouches, Gypsies, nomades (les chiffres varient entre 3000 et 6000 individus pendant le conflit) : une trentaine de camps ont été recensés sur le territoire. Certains ont été ouverts avant l’Occupation et les derniers furent fermés en 1946. Oui, vous avez bien lu, en 1946 !

Pendant la guerre, les Tsiganes du Nord ne se sentaient pas trop inquiétés, même si dès 41 ils devaient faire viser chaque mois une « carte » de nomades. Le convoi Z de janvier 44 demeure donc une triste exception : à partir d’octobre 43, Himmler ordonne des arrestations massives.  En Belgique d’abord puis à Roubaix, Arras, Tournai. Des familles entières sont arrêtées et pendant plusieurs semaines internées  à Malines, dans la caserne Dossin : il sont tous maltraités.  Aux 145 Tsiganes français  rassemblés pour partir à Birkenau  s’ ajoutent  peu à peu 121 Tsiganes belges. De ce convoi survivront une douzaine de déportés. 


C’est de ce fait que s’est inspiré Tony Gatlif pour son film Liberté  sorti  sur les écrans en février 2010. Hélas! son film a été mal distribué et le tapage médiatique fait autour de La Rafle  , film sorti au même moment, a remporté la mise: pourtant, le thème connu et reconnu de ce énième film sur la déportation des Juifs dégoulinait de bons sentiments et quel ménage peuvent faire les bons sentiments et l’horreur à l’état pur ? Du coup, Liberté sorti au même moment n’a pas permis au grand public de découvrir le sort de cette communauté dont 500 000 membres ont été exterminés et n’a pas atteint le but recherché : reconnaître l'internement et la déportation de cette population, passée longtemps sous silence, comme celle des homosexuels, aussi.

lundi 10 janvier 2011

Z ζῷα

Τὰ ζῷα τρέχει
(ta dzoa trékeille)

« Les animaux courent», voilà la traduction d’une des premières  phrases que l’on apprend (apprenait ?) en grec ancien et qui  illustre l’accord du verbe au singulier avec un sujet au pluriel neutre.

 Ils courent toujours, depuis cette classe de seconde où,  les effectifs commençant à dangereusement baisser, on pouvait commencer l’étude du grec ancien sous la dénomination « Grec grands commençants » ! Quel motif m’a poussée à choisir cette langue ancienne, si tard? Je me rappelle avoir voulu traduire L’Odyssée dans le texte . Un toc, sans doute !  Mais le chemin se méritait car avant de traduire ce poème homérique, il fallut passer sous les fourches caudines : suivre  le long  périple de Xénophon et de son Anabase. J’attendais avec impatience que les Dix-mille retrouvent la mer et s’écrient "Thalassa, Thalassa " pour rejoindre enfin Ulysse polumétis, l’homme aux mille ruses.

Sur l’itinéraire de Cyrus et de ses Dix-Mille, il y eut notre première découverte de potache  ουκ ελαβον πολιν, αλλα γαρ, ελπις, ηλτον εφη κακα…  (à prononcer « Oukè la bonne Pauline, à la gare, elle pisse, Elton, et fait caca ») . L’art de la guerre virait à la scatologie, ce qui nous ramenait  non pas vers les rives du Pont Euxin mais vers celles bien plus douces de l’enfance où les « pipi caca » déclenchaient systématiquement nos rires !


Les premiers vers du poème homérique arrivèrent enfin et ce furent ceux du chant IX : nous traduisions comme nous le pouvions les repas de Polyphème, ce cyclope anthropophage, gourmand de chair humaine ! La traduction n’avait rien d’épique ! Homère ne nous épargnait rien des détails : je me souviens que ces trois heures de cours étaient placées juste avant le déjeuner. Après avoir eu le cœur dans la gorge, nous l’avions ensuite au bord des lèvres.

Après sept ans de grec, de lecture studieuse de la grammaire Ragon Dain (ça ne s’invente pas) et du Bailly, après un concours difficile,  je n’ai JAMAIS enseigné le grec !

Les animaux n’ont donc jamais pu courir… et j'ai tout perdu! Dommage !

dimanche 9 janvier 2011

Enigme



L’abécédaire fera quelques pauses ludiques pendant son déroulement  en proposant des énigmes de toutes sortes.

Voici la première :

« Aujourd’hui on enterre un écrivain.  Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevards autour du cimetière Montparnasse. Combien sont-ils ? Trente mille ? Cinquante mille ? Moins ? Plus ? On a beau dire, c’est important d’avoir du monde à son enterrement. Si on lui avait dit qu’il y aurait une telle cohue, il ne l’aurait pas cru. Ça l’aurait fait rire. Cette question ne devait pas beaucoup le préoccuper. Il s’attendait à être enterré à la sauvette avec douze fidèles, pas avec les honneurs d’un Hugo ou d’un Tolstoï.  Jamais dans ce demi-siècle, on n’avait vu autant de monde pour accompagner un intellectuel. A croire qu’il était indispensable ou faisait l’unanimité. Pourquoi sont-ils là, eux ? Pour ce qu’ils connaissent de lui, ils n’auraient pas dû venir. Quelle absurdité de rendre hommage à un homme qui s’est trompé sur tout ou presque, fourvoyé avec constance et a mis son talent à défendre l’indéfendable avec conviction. Ils auraient mieux fait d’aller aux obsèques de ceux qui avaient raison, qu’il avait méprisés et descendus en flammes. Pour eux, personne ne s’est déplacé.


Et si, derrière ses échecs, il y avait autre chose, d’admirable, chez ce petit homme ; cette rage de forcer le destin avec son esprit, d’avancer envers et contre toute logique, de ne pas renoncer malgré la certitude de la défaite, d’assumer la contradiction d’une cause juste et d’un combat perdu d’avance, d’une lutte éternelle, toujours recommencée et sans solution. »

                     Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes, 2009

De qui s’agit-il ?

samedi 8 janvier 2011

Zeugma

                                                                                                         Eric Martin®
 
Aller aux vêpres et au diable vauvert
Suivre la mère supérieure et son petit bonhomme de chemin
Avoir les yeux rivés sur ses pieds et la tête dans ses pensées
Donner sa vie et le bon dieu sans confession
Marcher en silence et sur des œufs
One nun holds something in her hand and God in her heart. (Anijo)


Vous en avez d'autres?

Zweig Stefan (1881-1942)

Portrait de l'artiste dit Le Désespéré, Courbet 1844-1845

Le joueur d'échecs.  C'est sa dernière nouvelle, une nouvelle testament, une nouvelle où le contexte contemporain est explicite: le docteur B. se fait arrêter la veille du jour où Hitler entre à Vienne (le 13 mars 1938). Il gérait les biens de l'Église et de grandes familles riches. Il est enfermé comme tous les personnages influents de la république autrichienne dont on peut tirer profit  dans le plus grand hôtel de Vienne, "Le Métropole". Un hôtel réquisitionné par la Gestapo qui mène des interrogatoires sans tortures physiques.

Un régime de faveur? Non, une cage dorée où s'exerce à un haut degré la cruauté la plus raffinée: une extrême solitude, "jour et nuit, les yeux, les oreilles, tous les sens ne trouvaient pas le moindre aliment, on restait seul, désespérément seul en face de sois-même, avec son corps et quatre ou cinq objets muets: la table, le lit, la fenêtre, la cuvette", des interrogatoires qui tournent à la torture mentale: l'interrogé ne sait pas ce que ses juges savent et la peur de dénoncer taraude le prisonnier avant, pendant et après chaque interrogatoire. Cette pression puissante et insidieuse n'aura pas raison du docteur B. qui y échappe en découvrant un manuel d'échecs. Il lui sauvera la vie, au risque cependant de devenir fou.

A l'occasion d'un voyage sur un paquebot,  quelques années plus tard, il accepte de jouer une partie-et une seule- contre un champion d'échecs pour savoir s'il est capable de jouer "en vrai", lui qui n'a joué que mentalement pendant les mois de sa captivité. De cette partie le docteur B. sort gagnant, mais contre toute attente, il accepte d'en jouer une autre.

L'intensité de cette nouvelle croît au fil des pages; la lecture est riche, multiple. Lecture historique bien sûr, allégorique, psychologique, mais aussi le sentiment toujours présent-pressant-que Zweig écrit là sa dernière oeuvre, conscient de le faire. Il était pacifiste, avait déjà traversé une grave crise morale après la déclaration de guerre de 1914. La deuxième guerre mondiale en anéantissant des dizaines de millions d'hommes avec une barbarie incommensurable, le plonge dans un état de désespoir: son pessimisme en l'homme est le plus fort. Peu de jours avant son suicide, il écrit à sa première femme:
"Ou bien la tempête va finir un jour, ou bien on en finit soi-même."

lundi 3 janvier 2011

Zaïde

A Pierre...

Il ne s’agit pas du singspiel de Mozart, notamment cet aria de l’acte I, Ruhe sanft, mein holdes Leben, qui est très beau …

Il ne s’agit pas  non plus du roman de Mme de Lafayette publié sept ans avant La Princesse de Clèves.

Cette Zaïde-là  est jeune -sans doute pas plus de 80 ans - possède quatre  têtes, huit mains et elle est enchanteresse ! Ni monstre, ni Hydre de Lerne, ni dragon. Non, non ! La voici.

C’est un jeune quatuor à cordes parisien que nous avons découvert à Bordeaux en mai 2010. Ces quatre instrumentistes concouraient pour le 6ème Concours international de quatuors à cordes de Bordeaux, qui se déroulait autrefois à Evian (de 1976 à 1998). 

Ce concours a lieu tous les trois ans. Cette année, lors de la première épreuve il y avait 9 quatuors  en lice, venus de tous pays et seuls quatre ensembles ont disputé la finale. On assiste gratuitement  à tous les concerts au Grand Théâtre de Bordeaux, un joyau architectural magnifiquement restauré depuis peu  Les œuvres sont imposées et donc on entend plusieurs fois les mêmes morceaux. C’est étonnant et l’oreille, même peu experte comme la mienne, discerne les différences. Nous nous sommes régalés, et dans cette salle somptueuse, chacun au début du concert retient son souffle : et puis après le voyage commence, « nous sommes embarqués »

Nos « chouchoutes » étaient donc ce jeune quatuor, toutes les quatre des virtuoses, pleines d’énergie et de tempérament. Trop peut-être ? Elles n’ont pas remporté le 1er prix mais celui de la presse internationale.

Naviguez sur leur site, écoutez les quelques extraits qui sont proposés,  c’est un régal !

Certains disent que le quatuor à cordes est la quintessence de la musique. Ce qui est admirable, c’est le parfait accord entre les instrumentistes : il ne suffit pas d’être un très bon musicien, il faut aussi s’accorder aux autres, jouer avec le même esprit et ne pas livrer un combat pour se « distinguer ». Ici, c’est l’école de l’humilité et l’écoute qui triomphent. Voilà pourquoi les quatuors sont des ensembles fragiles qui ne résistent pas nécessairement au temps… Il faut les cueillir quand ils jouent!

Nous avons profité de notre passage à Bordeaux pour passer une très belle soirée  avec Warren, dont la fille est une artiste douée qui vit à Madrid et C. qui tient un blog très personnel et intéressant,  Les tempes du temps, et pour rapporter du Bordeaux bien sûr. Eh! Pas folle la guêpe!