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mercredi 18 juillet 2012

Uncredible Loach

Oui, Loach est incroyable. Son dernier film La Part des anges est un film qui se laisse savourer...autant sans doute que le Malt Mill que Robbie et ses acolytes sauront subtiliser et parfaitement négocier.

Robbie, une petite frappe qui veut se racheter à la suite de la naissance de son fils, rencontre heureusement sur son chemin Henri, l'éducateur qui surveille les travaux d'intérêt général auxquels il a été "condamné". Avec lui, trois autres personnages, deux gars et une fille, tout aussi paumés, et délinquants que lui. Pourtant Henri, s'attache à Robbie et va tenter de lui faire partager une passion:  grand amateur de whisky, il va l' initier  à ce plaisir - à cette science-là !
Robbie cependant, malgré tous ses efforts et sa volonté n'arrive pas à s'insérer dans la société. Quoi faire alors pour avoir une vie "normale", trouver du boulot et vivre avec sa femme et son fils ? 

Justement sur l'île d'Islay, on vient de trouver un petit fût de whisky extrêmement précieux et au goût subtil : un trésor.  Un trésor qui va être mis aux enchères...Robbie, flanqué de ses trois bras cassés, va tenter de saisir l'occasion. Robbie n'est pas un ange. Encore que...

Les acteurs, de parfaits inconnus comme souvent chez Loach, ont une fraîcheur et une sincérité de jeu qui rendent le propos complètement convaincant, côté débine. Et Glasgow, filmé dans sa banlieue assure le réalisme sans effet notoire, sans volonté de persuader. Mais il n'y a pas que le chômage, la violence, la brutalité... la vie peut, grâce à des rencontres, à des coups de pouce, devenir subitement plus légère : la partie lumineuse de l'histoire est symbolisée par les paysages des Highlands, sauvages, vierges, sans préjugés. Du coup, les personnages ne sont plus les mêmes : déguisés en Ecossais, ils vont jouer une nouvelle partition, celle des gentlemen cambrioleurs. Pour notre plus grand plaisir. Le tout accompagné d'une bande son revigorante.

Un beau film (enfin!), récompensé à Cannes (mais le grand Ken avait-il besoin de ce prix pour être "découvert"?) et un hymne à la vie et à l'espoir. La part des anges , ce sont les 10% qui s'évaporent de l'alcool qui vieillit. Ces 10% -là nous font le plus grand bien: nous les dégustons. Sans modération

jeudi 1 mars 2012

Va-t-en guerre

Sorti en 1957, le film de Kubrick ne pourra être vu par le public français qu'en 1975. Si  la censure bat son plein entre 1950 et 1960, Les Sentiers de la gloire n'est pas soumis à la censure officielle française. Mais lors de sa sortie en Belgique, il a été  violemment attaqué par des militaires français et d'anciens combattants offusqués par l'attitude de l'armée français. Ces attaques, relayées par des ligues morales et familiales françaises et amplifiées par des maires qui  interdisent le film dans leur commune, ont conduit les distributeurs américains à l'autocensure. La France est engagée dans la sale guerre d'Algérie et les faits relatés dans le film - tous des faits réels- n'honorent pas l'armée. 

Ce film n'est pas un film de guerre (on ne voit aucun Allemand ), il ne peut être réduit non plus à un film contre la guerre: il n'y a qu'une seule scène d'assaut. C'est résolument un film contre l'armée: c'est un combat entre les officiers et les soldats d'un même camp, les premiers allant jusqu'à la mise à mort des seconds. Sans scrupule. Sans raison. Pour l'exemple. Avec une parodie de justice, comme le présente la scène suivante



Je viens de voir ce film , un de Kubrick que je n'avais pas encore vu. A cette heure où l'on parle beaucoup d'un film français en noir et blanc -assez réussi -qui rend hommage au cinéma muet américain en traitant un sujet léger, il est bon de revoir un grand film américain, en noir et blanc lui aussi, mais parlant,  très habilement filmé et très maîtrisé, qui défend des idées... pas légères du tout.


« J'aurais préféré que les hommes soient des soldats américains, mais rien de comparable aux mutineries de tranchées qui ont eu lieu dans les Flandres en 1917 dans l'armée française et dans l'armée britannique n'est arrivé aux Américains. [...] Alors pourquoi pas des troupes britanniques ? C'est aussi très simple. On ne peut pas faire parler l'anglais à des acteurs américains : ni en Angleterre ni aux États-Unis les gens n'y croiraient, et ils ne peuvent pas non plus parler l'Américain et passer, en Angleterre ou aux États-Unis, pour des soldats britanniques. Alors pourquoi ne pas prendre des acteurs britanniques ? Nous étions obligés d'avoir des interprètes américains pour obtenir le financement des sociétés de distribution américaines.
Pourquoi pas les Allemands ? En faire une histoire de l'armée allemande ? Cela aurait été absolument incompatible avec le thème de l'histoire, qui tirait son ironie d'un acte inhumain accompli au nom de la nécessité : "La fin justifie les moyens", "Il faut gagner la guerre." Je ne crois pas qu'en dehors de l'Allemagne il y aurait eu un public pour se laisser émouvoir par un tel argument, si les troupes avaient été allemandes.
Mon but en faisant ce film était de faire un film anti-guerre (encore qu'une pareille simplification des thèmes et des histoires paraisse toujours un peu absurde) et si c'est la France qui a été choisie, c'est pour les raisons que je viens de dire. »
Stanley Kubrick,
lettre à L'Express, 5 mars 1959.

mercredi 22 février 2012

Vol au-dessus d'un nid de coucou

A Auriane, qui a choisi ce difficile métier (et qui est tout le contraire de Mildred Ratched !)

C'était en 1975, j'avais 18 ans et ce film-là, je ne l'ai jamais oublié. Je n'ai jamais plus revu non plus un Jack Nicholson aussi fort, aussi puissant, aussi impressionnant et "sincère" dans son jeu d'acteur.
Ce film m'émeut toujours autant et j'ai toujours la gorge serrée quand Chef s'enfuit ...de l'écran.


mardi 20 décembre 2011

Weissmuller et Tarzan

Tarzan, c'est tout un monde. A la fois le mythe du bon sauvage, comme Vendredi dans Robinson Crusoé, celui de l'enfant sauvage comme le Mowgli de Rudyard Kipling ou celui des figures fondatrices de Rome, Romulus et Rémus.

Ce personnage de fiction inventé par Edgar Rice Burroughs en 1912 ne semble pas avoir été le premier dans la littérature à incarner cet enfant abandonné dans la jungle: en effet,  en 1879, un dessinateur français du nom de Robida écrivit un roman de 800 pages intitulé Les Voyages extraordinaires de Saturnin Farandoul. Si on méconnaît les aventures de ce personnage, échoué sur une île de singes après le naufrage et la mort de ses parents et qui deviendra vite un chef pour ces animaux et pour les hommes, c'est parce que la publication du livre a été très limitée. N'est pas Tarzan qui veut! Ce personnage a beaucoup inspiré son créateur- il a écrit une trentaine de romans, mais aussi d'autres auteurs. Il a inauguré dès 1929 les premiers comic strips dessinés par Harold Foster, ouvrant la voie à une longue lignée de dessinateurs de comic jusqu'en 1981. Cet homme sauvage a aussi très vite envahi les écrans de cinéma, dès 1932 avec Tarzan, l'homme-singe -une quarantaine de films jusqu'en 1997, des films d'animation, des séries d'animation.

Le Tarzan que j'ai connu enfant, c'est Johnny Weissmuller, cet Austro-hongrois naturalisé "spontanément" Américain après ses records olympiques de natation. C'est celui que nous a fait connaître notre père, toujours ému de revoir ses films parce que, petit enfant de troupe, Tarzan tout comme les cow-boys, ouvrait un espace de rêve et de joie ineffables. Tarzan n'était pas le Père Noël, mais presque...

jeudi 10 novembre 2011

Welle (die)



La Vague, ce film allemand de Dennis Gansel sorti en mars 2009 sur nos écrans est une grande claque: cette fiction, qui relate une expérience qu'avait menée un professeur américain  dans un lycée de Palo Alto en 1967 avec des élèves de première, a de quoi nous mettre très mal à l'aise; le nazisme n'est-il qu'une idée du passé, à jamais morte? Personne ne voterait pour Hitler aujourd'hui? Pas si sûr...

Dans ce film, deux professeurs sont chargés de faire  à leurs élèves des cours sur l'anarchie et l'autocratie. Pour faire comprendre les mécanismes de l'autocratie, l'un des deux enseignants, Wengler, un professeur d'EPS, préfère la mise en pratique plutôt qu'un exposé. Les élèves  de cette classe, différents socialement, culturellement et psychologiquement ont un point commun: plus personne contre qui se rebeller... Problème d'ancrage dans la société, comme on dit, et pourtant si vrai, même si des facteurs comme le consumérisme à outrance masquent ce désarroi.

En une semaine, après avoir établi en commun une définition du mot "autocratie", il arrive à ce qu'une classe entière la mette en oeuvre: rares sont les élèves qui critiquent et refusent cette expérience. Tout le monde au bout du deuxième jour porte une chemise blanche, puis marche au pas cadencé, se reconnaît à son salut, proclame son nom "La Vague" et propage, en une petite semaine, la terreur en dehors même de l'école. Pire! Attirés par cette société où règnent l'obéissance et d'une certaine façon la solidarité,  séduits par cette autorité et cet esprit de corps, d'autres individus extérieurs à cette classe rallient le groupe. Dans le film, cette histoire, dramatisée, finit dans la tragédie: le professeur ne contrôle plus rien, le sang coule et nous, les spectateurs, nous  assistons impuissants à l'affirmation d'une thèse que nous savons toujours  possible mais que nous refusons toujours d'admettre: non, la bête n'est pas morte. Jusqu'où, là, dans cette salle serions-nous, chacun, capables d'aller ou de ne pas aller?

Dans la réalité, Don Ross, le professeur qui avait mené cette expérience dans un lycée pour analyser les mécanismes du nazisme et la vie quotidienne en Allemagne nazie, raconte dans un livre publié cinq ans plus tard, qu'il l'avait close d'autorité cinq jours après devant l'ampleur qu'elle avait prise et  par la projection d'un film sur les procès de Nuremberg: les élèves en découvrant  que "leur" Vague , fondée sur l' idéologie de la haine, développée dans le culte du secret, n'existait pas et qu'elle était une manipulation, étaient ressortis de là avec un violent sentiment de honte.

Ce film s'inspire de l'expérience de Don Ross mais pas seulement de cela. Un autre type, Todd Strasser, - un drôle de type du reste qui fabrique des fortune cookies, ces petits gâteaux où sont inscrits des devinettes!- auteur américain qui a écrit des livres pour la jeunesse, a publié un livre en 1981 qui relate l'expérience de Ross et se réfère à une expérience en laboratoire menée par un professeur de psychologie à Yale, Stanley Milgram, découvreur par ailleurs de l'expérience du petit monde, que j'ai connue grâce à Flocon. L'expérience à laquelle se réfère Strasser  est celle de ces volontaires réunis dans une salle et qui doivent envoyer une décharge électrique à un patient. Ce dernier est un acteur et ne reçoit aucun courant mais les participants l'ignorent. Au bout d'un certain temps, les participant appuieront sur ordre (l' autorité médicale) sur le bouton qui envoie des décharges dangereuses et  cela malgré les cris de souffrance de plus en plus insupportables. Sur les 636 volontaires, 65% obéissent à ces ordres terrifiants. La soumission - le fameux mot qu'a eu  Eichmann lors de son procès "J'ai obéi"- semble détruire tous les repère moraux et la conscience...

On a de quoi frémir quand on connaît cela: dans le cas de Milgram, l'expérience se déroulait en labo mais imaginer- c'est facile en ce moment- un climat de mécontentement social,  des frustrations,  un esprit de revanche monté en épingle.

La bête n'est pas morte... Je la sens parfois tout près.

mercredi 19 octobre 2011

Winding Refn

C'est le nom du réalisateur qui a reçu le Prix de la mise en scène à Cannes, en mai dernier, pour son film Drive, sorti la semaine dernière sur les écrans. Ce n'est ni un road-movie, ni un film policier de poursuite,  ni un film de cascades, ni un polar. Mais pourtant c'est un peu tout à la fois, et ce tout fait l'originalité de ce film que je trouve particulièrement réussi.

Si Drive nous parle effectivement d'un conducteur et de sa parfaite maîtrise des voitures, ce film raconte plutôt la "conduite" d'un jeune conducteur, solitaire et peu disert. Driver, tel est son nom, travaille dans un garage, dont le patron , un ancien cascadeur, lui décroche parfois, le jour, des contrats de cascade, parfois, la nuit,  des contrats de "braquage" beaucoup plus louches. Driver ne braque pas mais conduit et récupère les malfrats sur le lieu de leurs méfaits. Il les attend cinq minutes montre en main: s'ils sont à l'heure, il leur permet grâce à son excellente conduite et à sa parfaite connaissance de la ville tentaculaire qu'est Los Angeles d'échapper à la police, mais s'ils dépassent le temps imparti, il décampe... laissant les voleurs en plan. Le film s'ouvre sur une démonstration des talents de Driver, qui garde son sang-froid  et démontre son efficacité.

Mais ce (beau) jeune solitaire sans histoires, qui vit d'une façon assez spartiate dans un appartement dépouillé, tombe amoureux de sa voisine, une femme mariée à un type qui purge sa peine pour vol et qui élève donc seule leur petit garçon. Driver tombe amoureux et la voiture devient un lieu magique pour promener la belle et le petit: beaux plans cadrés sur le pilote et sa passagère, dans la voiture, avec le jeu du rétroviseur, bande-son épatante, subtile. On roulerait bien des heures nous aussi, sur cette route désaffectée, plein soleil...

Mais le mari sort de prison:  il n'est pas quitte cependant avec ceux qui l'ont protégé. Driver accepte de l'aider pour que sa femme et son fils vivent en paix... Mais l'affaire tourne mal. Notre héros change de conduite: cette fois-ci, il est hors de lui, il passe la cinquième vitesse. La violence l'envahit; c'est le prix à payer pour garantir la sécurité des êtres qui lui sont chers.

C'est un film structuré, construit même si Winding Nerf le nie dans les entretiens qu'il a pu donner depuis. Sa façon de filmer est remarquable: les plans sont souvent très serrés sur les visages et les plongées et contreplongées suffiraient presque à donner le style de ce film: un film rapide mais qui prend le temps d'installer une histoire et de camper les personnages; un film furieux mais qui sait décrire les sentiments naissants, ceux qui, malgré toute la bonne volonté du monde, n'ont jamais le dessus.


dimanche 2 octobre 2011

mercredi 21 septembre 2011

Weir (Peter)

 Il est le réalisateur du Cercle des poètes disparus mais ce n'est pas de ce film que je voudrais parler. Non, le film de cet australien, que j'ai revu il y a peu et que je trouve très fort, c'est The Truman Show qui date de 1998.

Le sujet ? La télé-réalité . Vaste programme!

Le scénario: un type d'une trentaine d'années mène une vie plutôt heureuse dans une cité "joyeuse" où les maisons toutes plus proprettes les unes que les autres, abritent des habitants amènes, serviables, sans problème particulier, sans sentiment belliqueux ni revendicatif . Le meilleur des mondes possibles, en somme. Sauf qu'un jour, Truman (Jim Carrey), ce "héros"simple, modeste, qui ressemble à Monsieur Tout-le-monde commence à douter de ses congénères,  de sa femme, de ses voisins, de cette vie trop parfaite. Il se sent observé: il voudrait bien réaliser son rêve, partir aux îles Fidji mais dans la si jolie petite île où il vit, ce rêve semble à tous incongru, angoissant et finit par lui être interdit. On lui met de "gentils" bâtons dans les roues et peu à peu Truman se sent prisonnier. Les téléspectateurs ne sont pas aussi dupes que Truman; ils savent que ce pauvre gars est la vedette d'un programme de téléréalité à très forte audience, sans que le principal intéressé le sache. Ils savent , ces spectateurs-personnages du film, que la société de production l'a acheté avant sa naissance - c'était un gosse voué à l'abandon- et que la télévision l'a suivi depuis son existence intra-utérine jusqu'à ces jours où il a le fort sentiment d'aller voir ailleurs. Nous, les "vrais" spectateurs, nous le découvrons peu à  peu, tout comme nous entrons dans les cuisines d'une émission de téléréalité : c'est évidemment édifiant! Truman arrivera-t-il à s'échapper de cet univers en carton peuplé de figurants? Se décidera-t-il à quitter un monde tranquille où il est un héros heureux pour entrer dans un monde sans pitié? Et que deviendront les téléspectateurs sans Truman?

Ce n'est qu'une fiction mais elle donne des frissons dans le dos. Nous connaissons tous les effets de  ce type d'émission sur les individus qui la regardent : voyeurisme, abêtissement, décervelage, grossièreté, j'en passe. La métaphore de l'enfermement du "héros", assez habilement développée dans ce film, renvoie au propre enfermement du téléspectateur. Les participants à ces programmes de télé-réalité, enfermés dans des studios imitant le confort (le luxe?) sont-ils les seuls à l'être, enfermés,  contre leur gré ? 

L'ex-président de la société Endémol  (créatrice du premier Loft Story) déclarait il y a quelques jours, sans une once de doute sur son visage, que "la télé-réalité est désormais totalement banalisée ". Ah oui? Cela veut-il dire que la télé-réalité ne rapporte plus autant, que les jeunes qui en sont les plus grands consommateurs n'en redemandent pas, qu'ils ne sont plus en état de confusion entre ce qu'ils voient et ce qu'ils vivent ou vivront? Aux USA et au Canada, la télévision donnait  en pâture récemment la vie de l'homme le plus gros du monde...

Ce que je ressens, souvent, devant des ados captifs de ces programmes qui ont la peau dure, c'est que la télé-réalité a fait et fait toujours les mêmes ravages. Un enfermement d'esprit, inodore, incolore mais meurtrier. Comment le savoir et l'esprit critique qui s'acquièrent dans la douleur peuvent-ils faire le poids face au (pseudo) "vécu" des ces émissions animées par de "vraies" personnes?
La mystification a toujours de beaux jours devant elle... J'enrage!

dimanche 11 septembre 2011

Western

Je suis de la génération du western spaghetti :  jeune adolescente,  j'ai vu le fameux Il était une fois dans l'Ouest qui marquait le renouveau du western. J'ai été plutôt bon public parce que je trouvais les acteurs formidables, et la musique d'Ennio Morricone trottait dans toutes les têtes. Mais dans toute cette production italienne, c'est ce film-là qui m'a marquée. Tous les autres m'ont laissé une impression d'ennui malgré la présence du "beau ténébreux" de l'époque, Clint Eastwood, dans bon nombre de ces films qui devenaient répétitifs et prouvaient que ce renouveau n'arrivait pas à la hauteur des bons vieux westerns classiques de l'âge d'or hollywoodien.


 Ce n'est donc  pas ce film-là que j'associe au mot western. Non, le film qui  a marqué mon goût pour le genre, c'est La Chevauchée fantastique, vu à la télévision quand elle s'appelait ORTF, cette bonne vieille télé, en noir et blanc, celle -antédiluvienne me direz-vous- où se succédaient La séquence du jeune téléspectateur, Les dossiers de l'écran, Le Théâtre de la jeunesse, Discorama. C'est dans le cadre de l'émission Cinéma du dimanche- dont je vous joins le générique ICI - diffusée le dimanche après-midi- que j'ai probablement vu pour la première fois ce western. Mon père, nourri aux Enfants de troupe avec ce cinéma-là - c'étaient les seules récrés de ces mômes- a su nous passer le virus. Je m'étonne comment les gamins de 9 à 14 ans que nous étions ont pu "boire" ce film (et bien d'autres) sans sourciller. Il est vrai que la télévision couleurs n'avait pas encore droit de cité dans tous les foyers... 

Ce film, que j'aime toujours autant, m'avait  conquise: ce que j'aimais, c'était tous ces personnages si contrastés, si différents, réunis dans cette diligence -un huis clos- lancée dans les grands espaces d'une beauté à couper le souffle et affrontant tous les dangers.  C'était tout de même une  sacrée brochette de spécimens!  Un docteur alcoolo, une dame de petite vertu (mais au grand coeur, évidemment!) chassée de la ville par les bonnes dames patronesses, un représentant en whisky, une femme d'officier enceinte, un banquier véreux et froid .Et puis John Wayne dans le rôle du hors-la-loi, pas si "hors" que ça. Et puis des scènes de poursuite anthologiques comme celle de cet Apache qui saute sur un cheval de l’attelage puis tombe entre les brancards avant d’être piétiné par les sabots des chevaux et de rouler sous la voiture. On se demande comment de telles scènes ont pu être tournées en 1939!  J'ai toujours un faible pour ce film même si d'autres sont tout aussi remarquables comme L'homme qui tua Liberty Valance ou La Charge héroïque...

Je me suis souvent demandée pourquoi c'était ce western-là qui m'avait marquée et pas un autre: en fait, je crois pouvoir répondre , mais c'est a posteriori et dans quelle mesure ces souvenirs ne sont-ils pas reconstruits à ma guise? Je crois que j'avais été très impressionnée par cette Monument Valley,  que je pensais construite en carton pâte (!), et plus tard, pendant mes études, quand j'ai découvert que La Chevauchée avait quelques ressemblances avec la nouvelle de Maupassant , Boule de Suif, j'ai été définitivement conquise! De plus, ces deux-là, Maupassant et Ford, ont connu leur succès grâce à cette première oeuvre. 

Morale de l'histoire? Prenez la première diligence qui passe: vous aurez un concentré d''humanité et quelques frayeurs, fortes.


mardi 6 septembre 2011

Winslet (Kate)

Cette actrice américaine, découverte dans le colossal Titanic, mène une carrière intéressante; ses interprétations d'April dans Les Noces rebelles ou de  la mystérieuse Hanah dans Le Liseur  sont sensibles et justes.

Mais si je consacre cette note aujourd'hui à Kate Winslet, c'est surtout pour le personnage qu'elle incarne dans ce film américain tout à fait singulier qu'est Eternal Sunshine of the spotless mind, réalisé en 2004 par le Français Michel Gondry, que je ne me lasse jamais de regarder!

Il relate une histoire absolument folle qui ancre le fantastique dans le quotidien: une jeune femme très originale et un peu "décalée", Clémentine (Kate Winslet), lassée de sa relation amoureuse avec son compagnon, Joël (Jim Carrey),  un  type un peu pépère et peu inventif , décide de consulter un médecin - un drôle de médecin- pour effacer tous ses souvenirs avec  cet homme qu'elle ne supporte plus. Et effectivement, quelques manipulations plus tard,  Clémentine semble avoir tout oublié. De son côté, Joël découvre par hasard ce qu'a fait son ex et décide lui aussi de contacter ce docteur-effaceur-des-chagrins-d'amour et de repartir "vierge", comme si rien ne s'était passé. Ce médecin, aidé de deux assistants tout aussi foldingues, s'exécute et donc le doux Joël , après s'être débarrassé de  tous ses souvenirs (photos, objets, lettres etc.) s'apprête à passer une nuit singulière. Celle où, coiffé d'un casque spécial, commandé par les deux assistants peu recommandables du docteur, il va effacer tout de sa mémoire. Mais, sous l'effet d'une conscience résistante, Joël s'aperçoit qu'il ne veut pas tant que cela tout oublier. Clémentine n'était-elle pas au bout du compte la femme qu'il cherchait?

Jouant sur le temps - le début du film est apparemment normal, mais on est vite déboussolés!-, sur les ruptures narratives où logique et chronologie sont mises à mal, ce film inventif, très original, bourré d'imagination, parfois déroutant pour ne pas dire foutoir, dévoile sans lourdeur aucune, une question bien humaine: oublier l'être aimé puis haï, et se priver des bons souvenirs passés avec lui, est-ce vraiment la solution pour ôter la souffrance et le chagrin? Et qui peut-on rencontrer quand on est "nettoyé"? Méfions-nous de nous...

Cette comédie sentimentale, qui se moque des poncifs liés au genre, ne manque pas de profondeur. C'est un film avec des défauts certes, mais jubilatoire et au bout du compte, plein d'espoirs. Kate Winslet s'y montre déjantée et caractérielle à souhait! Un régal.

jeudi 21 juillet 2011

X , y ou les inconnu(e)s d'Incendies

A Anna F.

« Pour résoudre une équation, il est inutile de commencer par vouloir déterminer les inconnues. »

Cette  phrase, tirée du film Incendies, du Québecois Denis Villeneuve, sorti en janvier 2011 en France, est le conseil que donne un professeur de maths à son assistante qui vient d'apprendre -elle et son frère- par le testament de leur mère, qu'ils ont un père -ils le croyaient mort- et un frère, dont ils ignoraient l'existence. Pour exécuter ses dernières volontés et avoir un enterrement décent, cette femme fait remettre par son notaire deux lettres à ses deux enfants: la première, adressée au père, devra être remise en main propre par sa fille à son destinataire, la seconde adressée au frère, devra  l'être aussi dans les mêmes conditions, par le fils cette fois-ci. Si ce dernier refuse de se plier aux caprices d'une mère devenue folle et mutique dans les derniers moments de sa vie, la fille, elle, veut absolument découvrir ses deux inconnus, devenus dans la bouche du prof de maths les inconnues d'une drôle d'équation: Jeanne quitte donc son Canada d'adoption et s'envole, munie d'une photo de sa mère jeune et d'une petite croix lui ayant appartenu, pour le Moyen Orient , dans un pays jamais cité -le Liban probablement mais après tout ce pourrait en être un autre- , un pays coupé entre le nord et le sud, les réfugiés et les nationalistes,  les chrétiens et les musulmans...

Cette quête douloureuse, chargée de très fortes émotions prend les allures d'une odyssée homérique: Jeanne entreprend un long voyage dans le pays de sa mère, toujours blessé à vif, elle surmonte les épreuves, découvre le passé terrible de sa mère, une femme qui a le visage d'une héroïne de tragédie grecque.  L'horreur l'attend, attend son frère aussi et nous, les spectateurs! Nous devons savoir, nous aussi, mais le réalisateur ménage notre liberté de reconstruire nous mêmes les morceaux de cette histoire complexe et terriblement humaine. 

La scène inaugurale des enfants-soldats portée par la musique de Radiohead -You and Whose Army- est magistrale et nous sommes d'entrée de jeu complètement déroutés. Au fur et à mesure des scènes, nous percevons l'intensité dramatique et sommes aux aguets du moindre indice. Le temps se bouscule: est-on dans un avant , un après la scène testamentaire? Qu'allons-nous découvrir? Où veut nous mener le réalisateur? Grâce à une construction narrative parfaitement maîtrisée, à des flash-back qui bornent  notre réflexion et mêle les itinéraires de la mère, puis de ses enfants à l'Histoire d'un pays toujours blessé à vif après quarante ans de guerre, le film dégage une puissance absolument inouïe. Rien n'est en trop dans ce film: pas de bons sentiments, pas de charges émotives exagérées, pas d'opacité intellectuelle. Une universalité, une dénonciation radicale de la guerre, un perte des repères; pourquoi cette violence, qui est victime, qui est bourreau?


Les acteurs sont excellents, c'est très bien filmé et  le scénario, très écrit est d'une très grande qualité. D'une grande puissance. Dans la salle où j'ai vu le film, nous sommes tous restés collés à nos sièges jusqu'à la fin du générique. Pas un bruit. Complètement estomaqués. Incapables de reprendre le cours des choses, de nos vies. Il nous a fallu à tous un temps de réadaptation. C'est tellement fort! Voilà bien longtemps que je n'ai éprouvé un tel choc cinématographique.J'en suis sortie "brûlée".

Ce film, Villeneuve l'a adapté d'une pièce de théâtre de Wajdi Mouawad, auteur de théâtre québecois d'origine libanaise.  La tétralogie Le Sang des promesses à laquelle  appartient Incendies, a été reconnue comme une des pièces majeures du théâtre contemporain. L'oeuvre cinématographique est passée inaperçue ou presque, en France. Elle a été mal distribuée...C'est Anna F. qui m'en avait dit le plus grand bien dans un de ses messages. Elle en parlait avec tant d'enthousiasme et regrettait tellement que ce film pourtant largement récompensé ailleurs, n'ait pas eu en France la carrière qu'il méritait, que je m'étais bien jurée de profiter des vacances pour aller le voir quelque part à Paris. C'est désormais chose faite :  merci Anna! Sans toi j'aurais raté un grand moment.

Pour savoir s'il passe à encore dans votre ville, tapez sur un moteur de recherche Incendies Cinéma +le nom de votre ville. C'est un film à ne pas manquer. Vraiment.

mercredi 16 février 2011

Zorba

A Anijo...

Les associations d'idées sont parfois fructueuses. Dans son dernier commentaire, Anijo envoie la bande son d'une chanson de Joe Dassin. Je pense immédiatement que ce chanteur est le fils de Jules Dassin. Une note sur Jules César, et in fine le fils de Jules Dassin. Ça m'amuse beaucoup ces imprévus... et Anijo a le don de relancer les commentaires !

De là, je vais m'assurer que Joe est le fils de Mélina Mercouri. Mais non ! Il est celui de Béatrice Launer, hongroise, violoniste virtuose dont le cinéaste a divorcé pour se remarier quelques années plus tard avec Mélina Mercouri. (ça fait gazette people, mais bon, on s'en fout, hein ?). Je me dis que, oui, ce serait bien d'envoyer à Anijo Mélina chantant  Théodorakis. Je l'entends chanter ...  non, pas celle-là, non, pas celle-là non plus. Et puis là,  Zorba.  Mais bon dieu,  Zorba ! C'est bien sûr ! Zorba, ce film de 64 !  Je me souviens seulement d'Anthony Queen et  de sa danse du sirtaki sur la plage. Ça tombe bien ! Anijo appréciera-t-elle ? Oui, ans doute,  au nom de la vague parenté avec son Joe Darling !




Bonne journée Anijo ! Pour l'instant tu dors paisiblement. A qui rêves-tu donc ?